Jour 5 : Ne m’appelez pas Madame

Rennes > Le Pellerin

Aujourd’hui on m’a appelé trois fois Madame. À chaque fois j’ai l’impression qu’un moustique m’a piqué et ça gratte. J’avais perdu l’habitude d’autant de manières verbales et du vouvoiement très Français. Pourquoi vouloir mettre les gens en case. Au nom d’une soit disant marque de respect ? Cela ne passerait-il pas plutôt par la ponctualité, le merci, le pardon ? Je l’aime ce tu pour tout le monde à la Québécoise, à tous bouts de champs, un peu trop parfois. Tu veux tu ? Car dans le fond, peu importe qui tu es, c’est ce que tu fais qui compte.

Sur la route je m’arrête chez Cyrielle qui m’accueille alors que la cafetière termine de couler. On discute sur la terrasse en arrière de sa maison. Elle a son fils, Julian – en référence à vous savez qui – sur les genoux. Elle est vraiment entière Cyrielle et me raconte ses histoires de vie sans filtre. J’apprécie cette marque de confiance.

Au moment de repartir, je la salue de la main, dans le même temps, l’orage résonne à l’opposé de ma direction. Croisons les doigts.

Je n’y échappe pas. À Blain, le coup de tonnerre qui tombe derrière moi raisonne tellement fort que je me retourne pour vérifier si un camion n’a pas foncé dans les maisons.

L’expression se prendre un orage sur la tête prend tout son sens. Le long du canal de Nantes à Brest les badauds cherchent désespérément un arbre ou une avancée de toit pour s’abriter. Je fini par m’arrêter sous un pont, littéralement trempée du casque aux chaussettes. C’est la douche dis-je aux deux hommes à vélo qui étaient arrêtés là. Nous échangeons quelques mots. J’enfile mon imperméable et je repars.

Tonnerre de Brest. Le rythme des gouttes s’accélère, elles me fouettent le visage. Je zigzague entre les flaques en formation sur le chemin. J’appuie un peu plus fort sur les pédales, le sourire aux lèvres. Je lève les yeux vers les nuages noirs. La tempête me suit, on dirait qu’elle va à Nantes elle aussi. J’aime ces conditions, lorsqu’elles ne durent qu’un temps, elles me font sentir encore plus vivante.

Après un long moment, la pluie cesse. Ouf, mon mascara est quasi sain et sauf. Je croise un petit groupe de personnes qui ne bouge pas d’un iota à mon passage. J’ai envie de les siffler en l’absence d’une sonnette, mais je ne sais pas faire. Est-ce que cela s’apprend ou alors c’est un don qu’on a ou pas ? Je m’essaie pendant plusieurs kilomètres. Pas très concluant. Avec les doigts ce serait peut être plus facile ? Mais pas très covid.

Un peu avant Sucé sur Erdre je perds le fil des pancartes qui indique la voie verte. Je suis mouillée, exténuée de fatigue, agacée.

Toutes ces émotions s’envolent lorsque j’arrive aux chambres d’hôtes au Pellerin. La propriétaire m’accueille chaleureusement accompagnée de sa chienne Tartine, celle-ci promis, je tâcherai de ne pas la griller dans le toaster. La chambre est aménagée avec goût et sa fenêtre qui donne directement sur la Loire offre un coucher de soleil apaisant.

Je me douche et me savonne encore habillée de mes vêtements terreux, puis j’étends le tout précautionneusement sur le séchoir à serviettes en vue d’un autre aventure à vivre, le lendemain.

Je me sens bien ici.


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