Étiquette : introspection

  • Maman, je suis partie vivre loin

    Lettre écrite le mercredi 12 janvier 2022, 18:47 (heure de France), dans l’avion, quelque part au dessus des îles St John’s

    Il reste 1 300 kilomètres jusqu’à Montréal. Je rentre chez moi après un séjour en France, dans ma famille. Après 2 ans d’absence. Deux ans, c’est long ou c’est court ? Je ne suis pas triste. J’ai pris une claque dans ma face. Compris des choses sur moi, sur eux. Mon père, ma mère, mon frère et tout ce qui nous (ré)unis. Suis-je devenue une inconnue ? J’ai le sentiment que nous devons (ré)apprendre à nous connaître. Partir vivre loin m’a donné l’occasion de me (re)définir en tant qu’individu. Devenir plus qu’une fille, une soeur, une adulte, une femme. Dessiner qui je suis et surtout qui je veux être. Faire mes propres choix. Réfléchir à mes envies. Et mes rêves, aussi bien ceux auxquels je tiens que ceux qui resteront sous leur forme initiale.

    J’ai aussi compris des trucs qui me (re)lient à ma mère. Ce qui fait notre relation si spéciale. Cette distance géographique et émotionnelle m’a obligé de prendre un pas de recul. Pour le meilleur et le pire. (Re)venir en France pour les (re)voir m’aura permis de comprendre tout ça. Ma perspective, mon angle de vision a changé. Je suis plus, objective.

    Je suis une tentative inachevée du meilleur de mes deux parents.

    Ma mère

    Je tiens d’elle. Sa fragilité, sa vulnérabilité, sa force, sa persévérance, sa douceur. Elle et moi avons une constellation de points communs. Je vois aussi en elle, certains traits que je porte, qui m’ont fait souffrir et sur lesquels je travaille. Des pulsions. Parfois négatives, comme le regard qui juge l’autre, l’absence de confiance, l’exigence à double sens. Pendant mon séjour, nos discussions ont été intenses, riches et difficiles. Un jour, je crois qu’elle et moi en sortiront grandies. C’est un virage dans le chemin de notre précieuse relation. Nous avons fait des progrès en communication. Se dire les choses, écouter, recevoir les mots de l’autre. Exprimer nos façons d’aimer, nos besoins mutuels. En rentrant je dois lire le livre sur les langages de l’amour qu’elle m’avait envoyé il y a quelques mois dans un paquet.

    J’ai fait pleurer maman.

    Parce que mes mots, ma façon d’être, la piquait et lui faisait du mal. Est-ce que c’est moi qui ai changé ? Est-ce que c’est elle qui est plus sensible ? Ou alors elle a oublié qui j’étais ? C’est moi qui suis plus franche, plus spontanée, plus directe qu’avant ? Probablement. J’ai appris que, dire les choses difficiles c’est aussi donner la possibilité de se les faire dire, sont les plus beaux symboles de l’amour. Que les relations, si elles doivent avoir lieu, n’en seront que plus belles et sincères.

    Alors j’ai décidé que je n’attendrais pas que mes vieux soient trop vieux pour leur balancer les trucs. Si j’ai des attentes, des besoins, des envies, des reproches qui les concernent. Je suis volubile, indépendante, entière.

    « Qui aime bien, châtie bien »

    Un de mes modes de communication. Je parle ce langage depuis toujours. Certaines personnes communiquent dans cette langue avec moi. Ma mère ne parle pas ce langage. On dirait qu’elle ne le comprend pas, ne le supporte pas. Et elle ne me l’a jamais dit, je crois.

    Ma mère, veut parfois faire plaisir aux autres. Elle est capable de s’oublier pour se dévouer à ceux qu’elle aime. Par contre elle ne trouvera pas les mots pour refuser ou émettre une critique à un être cher. A-t-elle peur, comme moi, d’être abandonnée si elle refuse ?

    On dirait qu’elle ne se donne pas d’amour. Qu’elle ne s’accepte pas.

    Qui est-elle ma mère ? Elle ne pourra jamais se voir depuis nos yeux à nous.

    Parfois, maman se voit comme un monstre. Maman se perçoit comme le vilain canard de la famille. Elle pense qu’elle est toute croche. Maman a 56 ans. Elle cherche encore sa définition du bonheur. Est-ce qu’elle l’a touchée du doigt parfois ?

    On dirait qu’elle gravite hors du monde. Elle pense qu’elle est différente. Que les autres savent qui ils sont, qu’ils s’aiment et ne doutent jamais. Bref, qu’ils sont heureux. Elle se juge aussi durement qu’elle ne juge l’autre. Elle ne comprend pas que mon indélicate franchise n’est autre que la manifestation de l’amour sincère que je lui porte. Elle l’interprète comme un reproche de sa personnalité. Une remise en question de sa personne toute entière.

    On dirait qu’elle a fermé les yeux. Elle a éteint le bouton de sa curiosité sur le monde. Trop occupée à chercher dans le gouffre de son propre inconnu. Engoncée.

    Elle m’a reproché de faire, ce qu’elle faisait elle-même plus jeune, et que sa mère ne supportait pas non plus qu’elle fasse. Déplacer des objets. J’avais pourtant l’impression de ranger, de bien faire. Car les choses ordonnées ainsi faisaient plus de sens pour moi. Mais elle l’a perçu comme une appropriation de son espace, sa maison. Je l’ai envahie.

    Les objets semblent si importants à ses yeux. Les lieux, les murs d’une maison. Symboles de refuges, de moments, d’amours. Elle voit des personnes à travers les objets. Elle voit des moments d’histoire dans ces choses. Une collection de bandes dessinées, des dessins d’enfants, des sculptures, des vêtements. Des souvenirs.

    Des trucs. Des bidules. On dirait qu’avec moi, mon rapport aux objets a changé lui aussi. Minimaliste. Les êtres humains, les animaux, la nature, ont bien plus d’importance. Un cadeau, peut se vendre, se briser, se jeter. Faire le vide c’est conserver seulement l’essentiel dans sa vie. Vider sa tête, défouler son corps. Crier. Se sentir vivre, se sentir libre. C’est tout ça. Les objets ne sont que des moyens. Sans utilité ils ne sont que futilité. Les souvenirs eux, restent, dans nos mémoires. Nous n’avons même pas besoin des objets pour nous souvenir. Parfois, (re)tomber sur un objet, peut remémorer un vieux souvenir, avec nostalgie. Merci, petite chose. Tu as eu le pouvoir éphémère de me renvoyer à un moi qui a été, qui n’est plus, car j’ai changé. Je regarde davantage devant, que dans mon rétroviseur.

    J’ai 27 ans, encore beaucoup de choses à vivre, à voir, à essayer. Je rentre chez moi, au Québec. La France est devenu là bas.

    J’ai des projets plein la tête, un jour peut être vivre dans la nature, proche de ma famille. Faire du vélo dans les chemins, dans la forêt. Courir. Développer des projets. M’investir dans la vie locale. Mais pas tout de suite. Avant, je veux voir le monde. Le Canada, le monde entier. Quand, comment, à vélo, à pied, je ne le sais pas encore. J’ai encore beaucoup de choses à (ré)apprendre sur moi pour comprendre qui je suis et définir ma propre vision du bonheur. Peut être un jour un chum et des enfants. Peut être mille et une vie. Peut être pas d’enfants et me marier à 70 ans. Peu m’importe.

    Une vie, je n’en ai qu’une. Et toi ?

    Bonne année 2023 !

    PS : bientôt papa, j’écrirai sur toi.

  • NWC Éd. 7 – 300 kilomètres

    Ce jour là, je me lève à 1h30 du matin. Je crois que j’ai dormi trois heures.

    J’enfile mécaniquement le gilet jaune Michelin trop grand que l’on m’a gracieusement prêté. Il est trop tard (ou trop tôt) pour se poser des questions. Mon vélo de route est fin prêt, arnaché, lumière blanche à l’avant et rouge clignotante à l’arrière. Dans la cuisine, mes bruyants colocataires sont en fin de soirée alcoolisée. Ils me dévisagent de leurs yeux ronds, partir dans la noirceur. Bonne journée ou Bonne nuit, on ne sait plus.

    Je retrouve le reste du groupe au point de rendez-vous, le triathlon store sur l’avenue de la Grande Armée. Nous sommes onzes. Certains somnolent encore, debouts, les yeux collés, tenant un gobelet de café du bout des doigts.

    À 3h00, nous prenons la route alors que la vie nocturne Parisienne bat son plein. C’est la sortie des boîtes de nuit vers l’Arc de Triomphe et l’heure de pointe dans les buissons du bois de Boulogne.

    Quelques kilomètres plus loin, cette frénésie urbaine laisse place à des routes reculées entourées de champs.

    Dans le peloton, nos éclats de voix tentent de percer la nuit noire qui nous enveloppe d’un silence opaque. Pas d’oiseaux, pas de voitures, pas de vent. En fond sonore, seuls les doux bruits mécaniques des roues libres et des freins à disques sont là pour nous bercer.

    La lune est jaune, pleine, ronde. Pile dans l’axe, juste au dessus de nos casques.

    Vers 7h00, nos compteurs affichent déjà 90 kilomètres. Les boîtes de nuit ont passé le relais aux boulangeries. L’occasion pour nous d’apprécier le réconfort d’un croissant et d’un énième café. Tout en observant les premières lueurs du jour qui tentent vaillamment de trouer le ciel gris.

    Les discussions vont bon train dans le peloton. 300 kilomètres, ça laisse le temps de découvrir mes compagnons d’aventure. Michael, Gabriel, Yann, Georg, Nicolas, Cyrille, François, Julien, Étienne, un autre Nicolas et 3 crevaisons à lui tout seul.

    Avec chacun il y a un point commun, une histoire à écouter, quelque chose à apprendre. Tantôt on jase de la beauté de la Creuse, tantôt des bienfaits de la méditation. Tantôt de voyage en ultracycling, tantôt de nos animaux de compagnie bien aimés.

    Plus loin, au beau milieu de la forêt, le ravito nous est offert par Poilâne. L’occasion de croiser d’autres groupes et de rire avec eux (coucou Romain). Notre joyeuse troupe repart sous une fine pluie qui ne cessera de nous arroser par intermittences.

    Chaque vélo porte une plaque de cadre sur laquelle est inscrite un prénom, avec lequel nous entretenons tous une relation singulière. Pour Michael c’est sa maman, Alexandrine, décédée d’un cancer. Sur la mienne, Lucile, une amie avec qui je travaille au Québec, en rémission du cancer du colon.

    À je-ne-sais-pas-quelle-heure, nous arrivons au Barn Hôtel pour le déjeuner. Nous sommes près de 400 personnes réunies, toutes allures et distances confondues. Il y a des cyclistes partout. Certains mangeant assis en tailleur, d’autres font la sieste allongés dans l’herbe. C’est le paradis icitte.

    Moritz Werner, le fondateur de la NWC prend la parole : la Nicola Werner Challenge porte le nom de sa femme. L’objectif est de récolter des fonds pour les reverser à deux instituts de recherche sur le cancer de l’utérus. C’est pourquoi chaque année, le même jour, partout dans le monde, des cyclistes se mobilisent pour cette cause.

    Le soleil réapparaît et nous invite à reprendre notre voyage.

    Nous empruntons les routes familières de la Chevreuse. On s’amuse dans les bosses comme des enfants, côte de Villiers le Bâcle, l’homme mort, Meudon…

    Lorsqu’une véritable pluie diluvienne nous tombe sur la tête. La chaussée est ensevelie sous des vagues épaisses de plusieurs centimètres. Certains cyclistes se réfugient sous des abris de bus.

    Mes vêtements sont déjà imbibés, j’enfile mon coupe vent sous la pergola d’un bar tabac et je repars. J’aime les conditions épiques.

    À l’arrivée, nous sommes trempés jusqu’aux os. Et pourtant nos sourires raisonnent sous l’arche du stade Jean-Pierre Wimille dans lequel nous sommes regroupés. Nous posons pour la photo de groupe avant de nous quitter. Je tiens d’une main la bouteille de crément du prix de la combativité.

    C’était une belle journée. Je n’ai compté ni le nombre de cafés ingurgités, ni le nombre de kilomètres parcourus. J’ai simplement profité, rencontré, respiré. Vécu l’instant présent.

    Pour nous. Pour Lucile. Pour Alexandrine. Pout tous les autres.

    En savoir plus sur la NWC : https://www.thenwc.org/

  • Jour 10 : Les trois Marie

    Bordeaux > 🚂 > Limoges > Châtelus le Marcheix

    Il bruine sur Bordeaux. Je roule au hasard dans le centre à la recherche d’une terrasse abritée et d’un café.

    J’ai le sentiment que mon voyage est clos. Déjà un peu nostalgique que ce soit fini et pourtant accomplie.

    La peur de la solitude, l’angoisse de ne pas y arriver, bref, l’appréhension qui m’habitait avant de partir s’était évaporée par magie dès les premiers coups de pédales.

    Dans le train pour Limoges, j’écris. Je transforme mes souvenirs et mes émotions en mots. Verbaliser est un moyen de sortir tout ce qui est contenu en moi pour éviter que mon réservoir ne déborde.

    À la gare des Bénédictins je m’arrête un instant pour admirer son immense verrière. À une époque, je passais ici toutes les semaines. Pendant deux ans, on arrivait par le train chaque lundi matin, mon frangin et moi, chargés de nos valises. On s’achetait souvent un paquet de Lucky Strike en attendant le bus qui nous emmenait au lycée.

    Aujourd’hui, l’occasion s’est présentée de retrouver Mélany. Nous étions dans la même classe et partagions une chambre à l’internat. Malgré la distance, notre amitié a traversé le temps.

    Je vais à sa rencontre dans un atelier solidaire du quartier de la gare. Elle et sa copine Camille confectionnent des cartes pour un salon d’édition. Leur humour aux jeux de mots est finement trouvé : « Il te fout encore un vent. Quel froid de _______. » (connard) ou alors « Prenons notre temps. OK ! C’est clair comme de l’eau de ____. » (rush).

    Son Instagram ici, coucou Camille 🙂

    Nous faisons la mise à jour mutuelle de nos vies autour d’un goûter. Je repars le cœur rempli : À dans 5 ans (rires).

    En quittant Limoges sur mon vélo, je passe à côté de mon ancien lycée, Maryse Bastié, grande aviatrice française. Voyons donc, que de hasards. Et des souvenirs d’adolescence, intacts dans ma mémoire.

    J’emprunte les routes reculées et traverse des villages aux noms qui me sont familiers. Je reconnais les routes vertes et zigzagantes de la Creuse. Ici les fougères hautes font la loi, les grands sapins perdent leurs épines.

    Je repense à celles qui m’ont accompagnée pendant ce voyage. Chaque jour, les trois Marie recevaient automatiquement un lien GPS leur permettant de me suivre à la trace.

    Marie-Hélène, ma précieuse amie au Québec

    Marie, ma drôle de colocataire à Paris

    Et Marie-Pierre, ma maman

    Aujourd’hui c’est le dernier de mon voyage, après 10 jours et 1 200 kilomètres parcourus.

    J’ai aimé, comtemplé, respiré, photographié, écrit, mangé, pleuré, ri, crié, transpiré.

    Merci.

    C’est fini.

  • Jour 9 : La bulle

    Chatressac > Tresses

    Je suis dans la salle du petit-déjeuner en train d’étaler beurre et confiture sur du pain lorsque Coryse me rejoint pour une visite du domaine avant mon départ. Elle me montre fièrement l’évolution du jardin et les travaux en cours dans le cabinet d’architecte. Je serai toujours étonnée de constater qu’un lieu est la représentation si singulière des personnes qui y vivent. Dans leur cas, le résultat de la sérénité, du respect et du talent investit dans cet endroit.

    C’est l’avant-dernière étape de mon voyage avec 160km à parcourir. Je m’arrête dans une boulangerie à Mornac sur Seudre pour faire le plein. Fougasse, cannelés croquants comme j’aime et cookie aux pépites de chocolat, que je range dans une petite sacoche à portée de main pour plus tard.

    Un peu plus loin, je croise un important groupe de cyclistes matinaux. Comme un essaim de frelons en vol. Que des hommes. Revêtus de maillots trop bariolés à l’effigie des clubs du coin. En tête de peloton ça attaque sans pitié. Michel – le gars avait une face de Michel – en remet une couche pour faire péter tout le monde. Surtout les jeunes qui trainent à l’arrière. Dans sa roue, ça fait la moue. Têtes de travers et langues pendues. Ben voyons, c’est amical la sortie du dimanche icitte.

    Rapidement, les remières vignes font leur apparition. Avec en arrière plan l’océan à l’horizon.

    Je contourne la citadelle de Blaye depuis les chemins exterieurs pour mieux l’apprecier avec le recul, avant de rentrer dans ses murs. Je déambule, partout où mon vélo peut m’emmener, à travers les talus et les rues pavées. La vue sur l’embouchure de la Gironde est assez incroyable. Avec deux autres forts, on l’appelle le Verrou Vauban pour son ingeniosité militaire. Je m’apprête à quitter lorsqu’un couple me demande d’être prudente sur les pavés brillants et lisses. Tant de bienveillance de la part de deux inconnus.

    À Bourg, je rentre dans le cœur de la ville jusqu’à repérer des toilettes publiques et remplir un bidon d’eau fraîche. Des groupes de touristes Américains grisonnants passent à proximité. Ils sont encadrés par un guide. J’écoute d’une oreille attentive pour apprendre que l’imposante maison en pierre au coin de la rue appartenait au père de Marie Brizard. Oui, comme la boisson.

    De plus en plus de pancartes fléchées indiquent les châteaux viticoles environnants. Je suis tentée d’aller acheter une bouteille de vin pour ma soirée et la glisser dans un de mes portes bidons.

    Plus loin, après Cubzac, je passe sur le pont métallique de Gustave Eiffel qui surplombe la Dordogne. Direction la grande ville. Davantage de voitures, plus de frénésie.

    J’approche de la fin de mon voyage. J’ai une petite boule dans le ventre qui n’est pas désagréable.

    Mon hôte du jour m’accueille, m’offre un verre d’eau et une douche.

    J’ai passé la journée dans ma bulle, à vivre l’instant en mouvement. Au temps de l’indicatif présent.

    Puisque demain, est un autre jour.

  • Jour 8 : L’intrépide

    Les Sables d’Olonne > La Rochelle > ⛴️ > Île d’Oléron > Chatressac

    Je me lève tôt. Joseph, le propriétaire du Airbnb, m’offre un bol de céréales. Il s’en va travailler sur un chantier alors que sa conjointe, Cécile, rentrée tard du travail, dort encore.

    Les premières lueurs du jour sont savoureuses sur le remblai désert des Sables d’Olonne. Il y a des points noirs éparpillés un peu partout dans l’eau. On dirait des oiseaux en position avec gilets pare-balles dans une manif. Je réalise que ce sont des surfers qui guettent la vague.

    Plus loin, en train de chiller dans un café. J’entends « Ah, les cyclistes c’est les pires, ils se croient tout permis ». J’acquiesce mentalement. On est bien d’accord. Ils se croient tout permis de vivre.

    J’étudie le tracé de mon parcours quand une idée me vient. J’aimerai prendre un traversier pour varier ma façon de voyager. Après quelques recherches, j’appelle une compagnie qui assure la liaison maritime entre La Rochelle et Oléron. Le bateau du début de l’après-midi est complet mais il reste une place disponible à 19h45. Ça me laisse du temps pour me perdre et me retrouver. Je la prends.

    L’entrée en Charente-Maritime est fidèle à un cliché de carte postale. Les maisons blanches aux volets bleus sont bordées de roses trémières.

    La Rochelle se laisse approcher par la côte de manière lancinante. Elle joue à cache cache. On me voit. On me voit plus. On me voit plus, on me voit, on me voit, on me voit plus. J’aperçois d’abord l’immense ossature du pont qui rejoint l’île de Ré. Puis ses imposants bâtiments industriels avec silos et carrières. Au péage, les automobilistes se bousculent en klaxonnant pour grimper sur le pont en direction des vacances.

    Les pistes cyclables s’urbanisent et m’emmènent jusqu’au poumon vert de la ville, le parc Charruyer, puis le vieux port en son cœur. Je zigzague entre les afflux de piétons jusqu’à trouver des rues moins abondantes. Puis repérer une terrasse pour passer le temps. J’ai devant moi, deux bonnes heures à buller.

    C’est alors qu’un enfant débarque. Léonard, 6 ans, des yeux pétillants de vivacité derrière ses lunettes rondes. Il pointe le vélo d’un doigt assuré, me questionne. Il repart en courant, fait le tour de la terrasse en un éclair – le temps de trouver une autre question sans doute – et revient me la poser. Ça dure un moment comme ça. Je ne sais plus, le temps s’est arrêté.

    Ce garçon est le fruit de l’intrépidité et de l’insouciance que tout être humain devrait s’évertuer de conserver.

    Il me demande :

    – T’as quel âge ?

    Je réponds :

    – 27 ans.

    – Mon père, il a 25 ans.

    Il marque une pause, puis complète :

    – Il est vieux.

    Je ris.

    Quelques minutes plus tard, son père apparaît. Je ne suis pas très bonne pour lire entre les rides, mais quand même. Je lui rapporte nos échanges.

    Il me dit :

    – Oui, j’ai 25 ans dans ma tête.

    Je ris encore. Il repart.

    Avant de partir, Léonard revient pour me dire au revoir. Il porte sur ses épaules un sac à dos avec des dinosaures miniatures sur les bretelles, des gants et un casque jaune enfoncé sur la tête. Cute.

    Prends ton vélo petit gars, fonce, et garde ça en toi.

    Après un moment d’attente sur le quai avec les autres passagers. J’embarque. Le vélo, accroché sur la poupe du bateau par un membre de l’équipage, se fait brumiser des retours d’eau salée.

    La noirceur est tombante lors du débarquement à Boyardville. J’allume mes lumières et me laisse guider par les indications de mon compteur GPS. Sur le pont d’Oléron il fait décidément sombre, je me tiens le mieux possible en sécurité de l’autre côté d’une ligne blanche, à l’écart des voitures qui me dépassent. L’eau est limpide en dessous. Je me sens voler.

    Je baille à m’en décrocher la mâchoire. Les paupières lourdes de sommeil. Petit à petit, je discerne dans la nuit, les rues dans lesquelles j’allais adolescente. Lorsque mes grands parents jouissaient d’une maison secondaire sur les bords de la Seudre.

    J’arrive enfin au domaine de Chatressac, la réception qui était organisée pour un mariage est en train de se terminer. Je n’ose pas sortir de la pénombre dans mon lycra moulant et mon maillot imbibé de transpiration pour tenter une infiltration au milieu de tous ces gens chics.

    J’attends. Coryse fini par sortir et m’accueille après toutes ses années, à bras ouverts. Elle me montre la chambre qui m’est prêtée pour la nuit et on s’assied autour de la table en bois dans la cuisine d’époque. Benoît nous rejoint. Elle sort des verres et une bouteille de Chartreuse. Ce lieu est toujours aussi spécial.

    C’est agréable de se sentir à la maison, sans l’être.

    En France ou au Québec. Je suis partout chez moi et nulle part à la fois.

    Je commence à distinguer les morceaux du puzzle, trouver les réponses à mes questions.

  • Jour 7 : T’as de la jasette

    Pornic > Les Sables d’Olonne

    Sur le pas de la porte de l’hôtel, je guète la fin de l’averse. Pendant que l’employée en charge des petits déjeuners, me prépare un morceau de pain à la banane dans du papier cellophane.

    Ce jour là, je bois mon café dans un endroit insignifiant dont j’ai perdu le nom. Leurs toilettes – plus grandes que mon ancien studio à Versailles – sont détestables. De celles, où, une fois assit confortablement sur le bol, surgit alors le doute d’avoir bien verouillé la porte. Et celle-ci est bien trop loin pour pouvoir vérifier sans danger. Il y a plusieurs possibilités, croiser les doigts pour les optimistes, serrer les fesses pour les superstitieux ou faire un bond à pieds joints pour les plus téméraires. Pour finalement se rendre compte que la porte est correctement fermée.

    Je longe un peu la côte avant de traverser une succession de marais et de ports de pêche. Au port des Champs, les cabanes des ostréiculteurs sont colorées, un joyeux assortiment de jaune, orange, blanc et bleu. J’aperçois depuis l’autre bord, un gars assit à côté d’un vélo orange en train de s’empiffrer une bourriche d’huîtres. Je vais à sa rencontre. J’aime pas beaucoup les huîtres mais je ne peux pas passer à côté d’un type avec un vélo d’une telle couleur sans le saluer.

    C’est ainsi que je fais la rencontre de Denis qui est partit de chez lui à Cherbourg et pédale environ 70km par jour. Il m’explique, le maillot ouvert jusqu’au nombril, qu’il prend actuellement son petit déjeuner. On jase vélo et voyage un temps avant de le laisser là, finir son repas.

    J’aborde le passage du Gois qui rejoint l’île de Noirmoutier, il est ensevelit par l’eau car c’est marée haute. J’aurais pu passer par là, tant pis, je rebrousse chemin et reprends la voie verte Vélodyssée.

    Après un panneau, « Bienvenue en Vendée », je m’arrête à Beauvoir-sur-Mer, sur la place du village pour manger mon sandwich que je traîne depuis le matin dans ma poche.

    Denis arrive, s’arrête à ma hauteur et me dit :

    – « Ah je me demandais si j’allais te revoir ».

    La cloche de l’église sonne midi.

    – « Tu m’attendais pour le mariage à l’église ».

    Euh.

    Je crois qu’il est temps que je trace ma route.

    À Saint Jean de Monts y’a des dancings avec soirées à thèmes, des bagnoles flashy de cascadeurs à gros pneus et des manèges de fête foraine bling bling. Je passe à côté d’un écriteau géant « BEAU LAND PARK » écrit en lettres lumineuses jaunes délavées. Je me demande si le « F » ne s’est pas décroché. C’est plutôt Beauf’ Land icitte (aka BS ou douchebag pour les Québécois). Bref, un regroupement de Kevin.

    À Saint Hilaire de Riez, je tombe sur un camion qui propose des thés glacés face à l’océan. Je m’étends dans une chaise longue. Les mouettes volent bas. Derrière moi un couple discute du sens de la vie. Je pourrais m’endormir là.

    Arrivée aux Sables d’Olonne, je suis vidée, je fonce au Airbnb, où Joseph, le propriétaire, m’accueille chaleureusement. Il regarde à la télévision les championnats d’Europe de VTT affalé dans le canapé. Je me pose quelques minutes avec lui avant de disparaître pour la soirée. Il m’a conseillé un bar à vin sur le remblai que je compte bien essayer.

    En terrasse, je commande un verre de blanc sec. À ma gauche, un type, les mains jointes. Sur la table devant lui, une bière et un stylo repose sur un carnet. Matthieu prend plaisir à photographier et écrire, alors évidemment, on jase.

    Un verre de vin, l’océan et d’la jasette.

    Rien de tel.

  • Jour 6 : Des souvenirs pleins les sacoches

    Le Pellerin > Pornic

    Au lendemain d’une journée intense qui aura puisé dans mon énergie, je profite du calme de la chambre au petit matin en me laissant bercer par le bruit si particulier du bac.

    Le petit-déjeuner préparé par les hôtes est composé de crêpes maison, de pain frais avec confiture, miel et beurre salé. Mmmh je me régale, tout en observant le bateau qui charge et décharge voitures et passagers. Il fait des allers-retours entre Le Pellerin et Couëron.

    Chaque jour, la même routine. Je prépare méthodiquement les sacoches contenant les quelques affaires utiles à ce voyage. J’optimise. Les baskets sont mises en quinconce enroulées dans des vêtements. Je tente de répartir selon la forme et le poids des objets puis de compresser au maximum pour extraire l’air superflu.

    On m’a déjà dit une fois « Donc toute ta vie est là dedans ».

    La réponse est non. Ce n’est que du matériel, ce n’est pas ma vie. Les objets s’usent, se cassent, se perdent. Ils sont fait pour cela. Ils n’ont de valeur financière ou sentimentale que si on leur en donne. Ce qui m’importe ce sont les humains – incluant mon chat qui est assez proche d’en être un -, les aventures vécues et les souvenirs qu’elles laissent.

    Avant de quitter les lieux je discute longuement sur le palier de la maison avec les hôtes, Hélène et Jean-Marc à propos des voyageurs à vélo qu’ils reçoivent et d’un projet en camping car. Leur rêve a été mis en pause par la pandémie, mais n’est pas balayé pour autant. Ils projettent, dans quelques années, de partir sur les routes pour (re)découvrir le monde. De quoi donner des idées, n’est-ce pas ?

    Je prends finalement la route, jusqu’à une base nautique qui propose l’exposition d’une peintre locale, des paninis au fromage et des crèmes glacées.

    Je longe la Loire, puis apparaissent les premières cabanes de pêcheurs. Arrivée à l’estuaire, je dépasse le pont de Saint Nazaire et l’immortalise sous plusieurs angles avec mon téléphone. De l’autre côté se trouve l’impressionnant chantier naval d’où sortent les plus gros paquebots du monde.

    Me voilà à l’océan. Le parfum de l’air est plus iodé. Le vent souffle différemment.

    À Saint Michel Chef Chef, je m’arrête manger des madeleines et j’en repars les poches remplies.

    Ensuite c’est du bonheur pour mes mirettes, des criques de sable intime et des vagues bleues sous le soleil. Ça sent les vacances.

    Cette fois, la chambre de l’hôtel a une vue imprenable sur les bateaux stationnés dans le port. En sortant la tête par la fenêtre et en allongeant un peu le cou, on peut apercevoir le château de Pornic.

    Le temps est venu, d’un verre de vin blanc, pour combler cette douce journée.

    Bac : Bateau large et à fond plat de transbordement de véhicules ou de personnes entre deux rives proches.

    Composition de mes sacoches :

    Sacoche de selle (16.5L) : 1 paire de baskets légères et des sandales plates, 1 pyjama, des vêtements civils techniques : 1 T-shirt, 1 short, 1 pantalon, 1 imperméable, 1 sweat, 1 brassière, 3 paires de bobettes (alias culottes pour les Français) , 2 paires de bas (alias chaussettes)

    Sacoche de guidon (9L) : contenant une tenue complète de rechange vélo (maillot, cuissard, brassière, chaussettes), une trousse de toilette dans un sac de congélation hermétique (brosse à dent, fil dentaire, pince à épiler, mascara, huile de coco, etc), de la crème solaire, un pot de crème hydratante, les câbles pour recharger les 2 téléphones et le compteur GPS. Des vêtements de vélo supplémentaires qui ne m’ont pas servit : manchettes, jambières, veste sans manches, surchaussures souples, seconde peau à manches longues, un cache cou.

    Sacoche de cadre (4L) : 2 chambres à air, 1 multitool, 1 batterie externe, des papiers d’identité, 1 couteau suisse, des paquets de mouchoir, 1 couverture de survie, 1 tube de pastilles d’électrolyte, un peu de bouffe (souvent des choses glanées au petit-déjeuner).

  • Bilan d’un voyage

    Paris > Bordeaux (via Le Mont Saint Michel)

    • 10 jours
    • 1 200 km parcourus
    • 1 café par jour
    • 0 pépin mécanique
    • 1 ferry, 1 train
    • 3 sacoches
    • Être minimaliste, se contenter de peu de choses, conserver seulement l’essentiel
    • Apprécier la simplicité
    • Un nombre considérable d’arrêts en boulangerie
    • Des rencontres éphémères : Baptiste à vélo pour Saint Malo, l’histoire de Cyrielle et son fils, le rêve de voyage en camping car d’Hélène et Jean-Marc, Denis, son vélo orange et sa douzaine d’huîtres, Matthieu, sa bière et son cahier d’écriture sur le remblai des Sables, l’accueil comme à la maison de Joseph et Cécile, Léonard grand tchatcheur de 6 ans, Coryse et Benoit autour d’un verre de Pinot, et j’en oublie
    • Par tous les temps
    • Chaque jour, des odeurs, des émotions, des paysages singuliers

    L’appréhension de partir en solitaire sur les routes s’est dissipée dès le premier jour. Apprendre à se faire confiance. Se sentir libre. Être vivante.

    Une nécessité après ces dernières années de trop, d’enfermement, d’isolement, d’écrans.

    Merci 🙏

  • Jour 5 : Ne m’appelez pas Madame

    Rennes > Le Pellerin

    Aujourd’hui on m’a appelé trois fois Madame. À chaque fois j’ai l’impression qu’un moustique m’a piqué et ça gratte. J’avais perdu l’habitude d’autant de manières verbales et du vouvoiement très Français. Pourquoi vouloir mettre les gens en case. Au nom d’une soit disant marque de respect ? Cela ne passerait-il pas plutôt par la ponctualité, le merci, le pardon ? Je l’aime ce tu pour tout le monde à la Québécoise, à tous bouts de champs, un peu trop parfois. Tu veux tu ? Car dans le fond, peu importe qui tu es, c’est ce que tu fais qui compte.

    Sur la route je m’arrête chez Cyrielle qui m’accueille alors que la cafetière termine de couler. On discute sur la terrasse en arrière de sa maison. Elle a son fils, Julian – en référence à vous savez qui – sur les genoux. Elle est vraiment entière Cyrielle et me raconte ses histoires de vie sans filtre. J’apprécie cette marque de confiance.

    Au moment de repartir, je la salue de la main, dans le même temps, l’orage résonne à l’opposé de ma direction. Croisons les doigts.

    Je n’y échappe pas. À Blain, le coup de tonnerre qui tombe derrière moi raisonne tellement fort que je me retourne pour vérifier si un camion n’a pas foncé dans les maisons.

    L’expression se prendre un orage sur la tête prend tout son sens. Le long du canal de Nantes à Brest les badauds cherchent désespérément un arbre ou une avancée de toit pour s’abriter. Je fini par m’arrêter sous un pont, littéralement trempée du casque aux chaussettes. C’est la douche dis-je aux deux hommes à vélo qui étaient arrêtés là. Nous échangeons quelques mots. J’enfile mon imperméable et je repars.

    Tonnerre de Brest. Le rythme des gouttes s’accélère, elles me fouettent le visage. Je zigzague entre les flaques en formation sur le chemin. J’appuie un peu plus fort sur les pédales, le sourire aux lèvres. Je lève les yeux vers les nuages noirs. La tempête me suit, on dirait qu’elle va à Nantes elle aussi. J’aime ces conditions, lorsqu’elles ne durent qu’un temps, elles me font sentir encore plus vivante.

    Après un long moment, la pluie cesse. Ouf, mon mascara est quasi sain et sauf. Je croise un petit groupe de personnes qui ne bouge pas d’un iota à mon passage. J’ai envie de les siffler en l’absence d’une sonnette, mais je ne sais pas faire. Est-ce que cela s’apprend ou alors c’est un don qu’on a ou pas ? Je m’essaie pendant plusieurs kilomètres. Pas très concluant. Avec les doigts ce serait peut être plus facile ? Mais pas très covid.

    Un peu avant Sucé sur Erdre je perds le fil des pancartes qui indique la voie verte. Je suis mouillée, exténuée de fatigue, agacée.

    Toutes ces émotions s’envolent lorsque j’arrive aux chambres d’hôtes au Pellerin. La propriétaire m’accueille chaleureusement accompagnée de sa chienne Tartine, celle-ci promis, je tâcherai de ne pas la griller dans le toaster. La chambre est aménagée avec goût et sa fenêtre qui donne directement sur la Loire offre un coucher de soleil apaisant.

    Je me douche et me savonne encore habillée de mes vêtements terreux, puis j’étends le tout précautionneusement sur le séchoir à serviettes en vue d’un autre aventure à vivre, le lendemain.

    Je me sens bien ici.

  • Jour 4 : Les hommes sans cheveux promènent leurs chiens le matin

    Le Mont Saint Michel > Rennes

    Au petit matin j’ai profité du Mont Saint Michel avant les premiers déversements de bus de touristes. Il semblait tellement apaisé, voir endormi. Comme moi avant mon café.

    L’endroit où je le bois est chaque jour singulier. Ce jour là, dans un bar tabac, baignant dans son jus, à Bazouges la Pérouse. Lorsque je rentre, les quelques clients présents se taisent. Je balaie la pièce du regard. Des hommes, tous plus ridés les uns que les autres, sont attablés seuls et font face à la même direction . Comme dans une salle de classe, sauf qu’il n’y a ni tableau, ni maîtresse. C’est le patron derrière son bar qui donne la leçon. Le silence est tellement pesant qu’on pourrait entendre une mouche voler, je ne m’attarde pas.

    Aujourd’hui mon moral est un peu moins bon. L’effet, peut être, de la solitude ou alors de la pluie. J’avais, depuis Paris, le Mont Saint Michel en tête, maintenant qu’il est atteint, je songe à un nouvel objectif qui poussera mes pédales.

    Plus loin je croise d’un même coup, trois hommes sans cheveux qui promènent leurs chiens. Effet de compensation ou hasard ?

    C’est la campagne Bretonne. Les tracteurs ont laissé leurs traces au beau milieu de la route et les vaches dans les champs prennent la pose lorsque je m’arrête les photographier. Les rayons de soleil qui succèdent à la pluie mettent la nature en exergue.

    À Rennes, les voitures évoluent dans un flot frénétique vers les parkings des centres commerciaux. De grandes affiches criardes annoncent des promotions sur de quelconques produits de jardin.

    Je repère un hôtel dans le centre. La chambre qui m’est donnée est au rez-de-chaussée. La porte se trouve à gauche de l’ascenseur et de l’escalier, j’entre. C’est aixigu et sombre. Le choix des couleurs dans la salle de bain est douteux. Eurk. Je ne me sens pas bien ici. Mon corps a davantage besoin de repos que d’une crise d’anxiété. Je m’excuse et rends les clés de la chambre.

    Un peu plus loin, j’en trouve un autre, cette fois le réceptionniste a un air de Bernard Campan, dans les Inconnus, en jeune et avec des cheveux. Lui c’est sur, il n’a pas de chien à promener.

    La chambre est petite mais lumineuse. C’est la première fois que j’allume la télévision alors que je suis en France depuis trois mois. Ça me fait drôle de constater qu’après toutes ces années ce sont toujours les mêmes programmes qui passent, entrecoupés de publicités en plein après-midi.

    J’ai le goût de ne rien faire. Alors j’accepte de prendre ce temps pour moi.

    Demain est un autre jour.