Étiquette : introspection

  • Jour 3 : L’appel de la mouette

    Gandelain > Le Mont Saint Michel

    L’horizon est imperceptible dans la rosée du matin, à peine partie, je croise la route d’escargots. Trace de pneu versus trace de bave. Pas la même direction et pourtant, la même volonté.

    Tout à coup, des éoliennes qui sortent la tête de la brume. Je me sens l’âme d’une passagère du temps dans un brumisateur de poche.

    À Bagnoles-de-l’Orne, la peau luisante de crème solaire indice 50 mélangée à du sable fin, je me dis que c’est le moment du café. Je choisi donc une terrasse avec soin et attrape au passage ce qui sera mon sandwich du jour.

    Une fois repartie j’emprunte des chemins où aucun vélo de route n’aurait pu passer. Le parfum des feuilles tombées, des épines de sapin écrasées, de la mousse humide…

    Je pédale avec mes cinq sens allumés.

    Lorsque je quitte la forêt, le soleil se pointe. Avec ces couleurs on se croirait presque à l’automne. Au Québec, c’est ma saison préférée, la nature y est flamboyante.

    À Saint-Hilaire-du-Harcouët, tout semble fermé, je désespère un peu, et puis… un bar snack à la devanture jaune délavée du nom de L’Entracte. Ça tombe bien, j’en ai besoin d’une.

    Je m’assieds.

    ⁃ C’est vous qui faites la crème brûlée ? Dis-je en pointant du doigt un présentoir dans l’entrée.

    Le type, qui semble être le patron, me répond :

    ⁃ C’est une crème caramel.

    ⁃ Elle est bonne ?

    ⁃ Non… (haussement d’épaules)

    ⁃ Je vais en prendre une.

    Je ris en disant cela. Bon public, on me l’a souvent dit. Je ris de bon cœur, parfois pour masquer la gêne ou l’incompréhension. Je ris même aux blagues pas drôles. Sauf celles de Jean-Marie Bigard.

    Sur les derniers kilomètres, je fonce, vers l’appel de la mouette. J’ai hâte. J’entends leurs cris depuis Paris dans ma tête. Symbole de mes vacances d’enfance à la mer.

    On dirait que quelqu’un a semé les moutons du Petit Prince partout dans la baie.

    Enfin j’aperçois sa silhouette, on dirait qu’il tente de se cacher derrière un rideau de douche en plastique transparent. Il est bien trop imposant et fier pour passer inaperçu. Je m’approche doucement de peur qu’il ne s’échappe, tantôt par les chemins de sable et même de la gadoue. Je roule même au beau milieu des moutons qui ne se préoccupent pas de moi.

    Me voilà arrivée, au Mont Saint Michel.

    Je respire. J’entends les mouettes.

    Je n’aurais pas pu vivre ce moment aussi pleinement si je n’avais pas été.

    Moi et mon vélo.

  • Jour 2 : Deux tartines

    Brezolles > Gandelain

    Deuxième jour de voyage. Après une nuit mitigée dans un lit trop moelleux, j’insère deux tartines dans le toaster – carbonisées de toute évidence – qui déclenchent l’alarme incendie dans tout l’hôtel. Oups, voilà un réveil – hors du – commun à 7h30 🤭

    L’air est plus frais qu’hier, le vent s’est levé. Au moment de partir je note que les drapeaux devant l’hôtel claquent sur leurs poteaux blancs. Plus loin sur le bord de la route, un chevreuil me regarde passer, bouche bée – par mon vélo orange sans doute – il tourne la tête, à deux brins d’herbe du torticolis.

    À la Ferté-Vidame, je découvre les ruines d’un château, encore fièrement dressées qui résistent aux années. Deux petits lapins bleus sont représentés sur l’enseigne du bar à vin du coin. Une intention qui dénote face aux rouflaquettes – à la Wolverine – du patron qui sert le café dans des Bodums.

    Les gens me posent deux questions. La première : ma destination. La seconde – l’instinct mat/pat-ernel au fond des yeux : si je voyage seule.

    Malétable, village comprenant 110 âmes, une ferme et… une église insolite. Notre-Dame-de-la-Salette, une tour octogonale impériale au milieu des champs depuis 1865. Trois archanges immobiles derrière des vitrines en verre, comme des poupées en boîte qui n’auraient pas été déballées.

    À Mortagne-en-Perche, le temps de laisser passer une averse, je rencontre un père de famille jovial qui va jusqu’au Mont-Saint-Michel avec ses deux enfants. Ensuite il y a Baptiste, avec qui je partage un bout de route jusqu’à Alençon. On déambule dans les rues désertes de la ville et on se contente du seul troquet alors qu’il pleut à nouveau.

    Le vélo n’est-il pas un formidable vecteur social ?

  • Jour 1 : Premier jambon beurre

    Suresnes > Brezolles

    C’est lorsque je serre ma colocataire dans les bras sur le palier de la maison que le doute me frappe « Mais dans quoi je m’embarque ? »

    Ah oui, ce goût de liberté et d’aventure. C’est lui qui me pousse à partir plusieurs jours, seule, sur mon vélo, une brosse à dent pliée et un mascara dans mes sacoches. Oui, je suis précieuse, j’ai même du fil dentaire.

    À Versailles, un homme, un peu dégarni, un peu trop bronzé – dans un pantalon tailleur – lâche un pet de sauce lorsque je le dépasse. Finalement pas très chic le type. Les touristes affluent de tous bords par gruppettos en direction du château.

    À Cernay-la-Ville j’hésite à m’arrêter au bar des Sports juste pour le nom, et puis non, je pousse la route plus loin. Tantôt bordée de platanes, tantôt dans la fraîcheur revigorante de la forêt épaisse. Peu de cyclistes me saluent en retour alors je fini par arrêter d’être polie avec les Parisiens. Je garde mes forces pour les gens normaux, pas ceux en économie d’énergie.

    Pour une fois, j’emprunte les pistes cyclables, c’est décidé, comme il n’appartient qu’à moi, je l’utilise, mon temps. À bon escient. C’est su’a coche de voyager ainsi – clin d’œil Québécois – peu importe la vitesse moyenne, les watts, les segments… tout ça n’a plus vraiment d’importance. C’est le chemin vécu qui compte. Le voyage d’un point A à un point B, et tous les trucs que l’on découvre sur la route. Ou encore les rencontres impromptues.

    À Rambouillet c’est jour de marché sur la place en face du château. Je m’installe en terrasse pour un café/perrier à l’ombre d’un parasol et attrape un jambon beurre dans une boulangerie avant de repartir.

    Le jambon beurre il est génial, on dirait qu’il a été pensé pour s’insérer dans la poche arrière du maillot. Il se laisse manger un kilomètre à la fois.

    À Dreux je flâne intuitivement à travers le centre-ville jusqu’à tomber sur un café avec une devanture délicate en bois. Me voilà bien.

    C’est beau la France, quand même.

  • Obsession.

    S’il y a bien une obsession qui m’a coûté cher – en argent, en énergie, en amour propre – c’est bien elle.

    Revenons d’abord quelques années en arrière, dès ma pré-adolescence je l’ai détestée. Un stupide gamin m’avait alors demandé si mes taches de rousseur étaient des boutons. Rapidement, j’avais questionné les adultes sur les différentes manières de cacher mes taches, pour finalement n’en retenir qu’une seule : le fond de teint. J’ai donc commencé à porter un masque en me peinturant la face tôt, trop tôt.

    Plus tard, à l’adolescence, est apparu de l’acné juvénile, jusqu’ici rien d’anormal vous me direz. Dans le même temps, j’ai commencé à prendre la pilule afin de réguler, entre autres, mes hormones et mes règles douloureuses. Malgré tout, elle restait capricieuse, grasse, avec des petits volcans crachant tantôt de la lave blanche, tantôt de la rouge, capables de se reproduire en un rien de temps pour donner naissance à d’autres mini-volcans.

    Je me suis mise à chercher des miracles : taper des mots-clés sur Google, arrêter le saucisson, changer ma routine, hésiter entre le chimique ou le biologique, utiliser de l’acide hyaluronique, appliquer des masques en feuille, nettoyer avec une brosse en faisant des petits cercles dans le sens des aiguilles d’une montre, appliquer de l’argile verte-jaune-blanche, désespérer, demander conseil à une esthéticienne, remplir des questionnaires sur le web, faire des saunas facial, mettre de l’huile essentielle d’arbre à thé, protéger du soleil, enduire de crème de nuit en couches épaisses, racler pour laisser respirer…

    Obsession.

    À 25 ans, j’ai arrêté la pilule. Pour permettre à mon corps de s’auto-gérer. Bonjour l’acné hormonale, principalement sur les joues et jusque dans le cou. Après tout cet acharnement à chercher une solution, j’espérais que cela irait mieux. Mais je ne pensais pas que cela pouvait être pire.

    Consulter un dermatologue, voir un autre dermatologue, appliquer du jus de citron comme Kendall Jenner, boire des infusions, examiner ma face de trop proche dans le miroir, péter les boutons, nettoyer le miroir, me coucher déprimée, regarder mon visage avec dégoût, ne pas me reconnaitre, hésiter à recommencer la pilule, coller un post-it sur le miroir « Pas touche !« , consommer moins de sucre blanc, avoir les pores dilatées, utiliser un tire-comédon, remarquer de nouvelles cicatrices, ne plus utiliser de produits huileux, culpabiliser, regarder des vidéos débiles de blogueuses YouTube, manger des compléments alimentaires, zoomer sur des anciennes photos avec nostalgie, se demander si ce n’était pas mieux avant, payer pour des séances de peelings chimiques et de la microdermabrasion…

    Ouf.

    Se plaindre. Chercher la compassion. Se faire entendre dire :

    – « Mais non tu n’as pas d’acné, moi je ne vois rien. »

    – « Regarde… elle, c’est pire. »

    A quel moment, mon mal-être est-il jugé suffisamment acceptable pour que je puisse l’exprimer ? Qu’il ne soit pas rabroué, jugé ou minimisé par l’autre.

    Quand on se compare, on se console. Celles des magazines et celles de la vraie vie.

    Envier l’autre.

    Et pendant ce temps, je dépensais sans compter, mon amour propre, mon énergie et mon argent… dans une lutte sans fin.

    Puis, j’ai fini par comprendre.

    Depuis le départ. La solution, elle est en moi.

    Et si je mettais toute cette énergie à m’accepter et à m’aimer ?

    Me tenir un peu plus loin du miroir. La laisser s’exprimer selon son humeur, selon les saisons. L’observer avec davantage de bienveillance. Apprendre à me foutre la paix. M’écouter. Me respecter.

    Utiliser seulement quelques produits, pas parce qu’on me dit qu’ils vont être bons pour moi, simplement parce ce que je les aime, de par leur couleur, leur texture, leur odeur.

    S’aimer.

    Ce n’est certainement pas le chemin le plus facile à emprunter. Mais c’est sans doute le plus durable.

    Signé : Ma peau

  • Mise à nu annuelle.

    [On dirait un titre de putaclic]

    Se mettre à poil en public, c’est pas vraiment dans mes habitudes. Et pourtant, il y a plusieurs choses intimes, délicates qui me sont arrivées que j’ai un besoin quasi viscéral de partager. Moi qui croyais être pudique.

    La fin de l’année, ce moment où j’aime prendre le temps de regarder par dessus mon épaule pour contempler le chemin parcouru. Et simplement noter les moments forts, bons ou mauvais, et remarquer les apprentissages qui en découlent.

    Pour cette année 2021, quelques faits marquants qui me viennent en vrac : des doutes cyclistes, des troubles alimentaires (hyperphaquoi ?), un chat-bouée, le tattoo de l’amitié, des projets qui tournent en fond de tâche…

    • Tôt ou tard, vous découvrirez que le vélo prend une place prépondérante dans ma vie. Il guide mes pas depuis plusieurs années, pour le meilleur et pour le pire. Cette année a été troublante. J’ai vécu plusieurs chutes à vélo pendant la saison de compétition. Dont la première, à la fin juin, a causé une commotion cérébrale. Je suis tombée drette sur la tête. J’ai perdu la mémoire un instant, passé – ce qui m’a semblé une éternité – aux urgences (on parlera du système de santé Québécois une autre fois svp), repris le travail avec des maux de têtes… Bref. Avec deux autres chutes ensuite, moins graves ouf, toujours sur des courses de vélo, ont fini par avoir raison de ma confiance en moi. Pire, elles m’ont fait douter de l’amour que je porte pour ce sport, cette passion qui m’anime si fort depuis plusieurs années.

    • La bonne bouffe, j’ai toujours aimé ça et ça n’a jamais été un problème. Jusqu’à récemment. Car ces derniers temps, la nourriture est devenu un réconfort coupable. Covid, isolement, télétravail… les signes de détresse psychologique ce sont traduits dans mon cas par de l’hyperphagie, un trouble du comportement alimentaire. En résumé, c’est la consommation d’aliments en quantités importantes sur une très courte période de temps. Les premiers symptômes sont apparus à la fin de l’hiver dernier. Quand ça m’arrive, je perd complètement le contrôle, c’est mon cerveau qui me guide, même si mon corps n’en peut plus, même si l’appétit n’est pas là. C’est seulement il y a quelques semaines, à l’aide d’une nutritionniste, que j’ai mis le doigt sur le nom de cette relation malsaine. Rien que ça, c’est déjà un grand pas. Comme quoi, la puissance des mots pour soulager les maux.
    • Mon chat Tuco, cette star dans mes story Instagram sur les Internets, ma bouée de secours dans cette pandémie. Il est toujours de bonne humeur, prêt à jouer peu importe la journée. Qui aurait cru qu’une boule de poils pourrait être d’un tel réconfort ? Je crois qu’il m’a permis de limiter ma solitude. Je l’ai soudainement réalisé quand j’ai cru le perdre pour de bon, lorsqu’un vétérinaire a parlé de l’euthanasier. Je venais de dépenser 1000$ pour me faire dire ça (et quelques radios). Mon chat venait de se briser le bassin en tombant par la fenêtre du troisième étage de mon appartement. Après quatre semaines, immobilisé, ma terreur est de nouveau sur pattes, soyez rassurés 🙂

    • Bon, il y a un peu de gaieté dans l’année qui vient de s’écouler tout de même ? Oh que oui, beaucoup d’amour dans tout ça. Pis, je me suis fait graver le symbole d’une amitié qui compte beaucoup pour moi. Parfois ça prend pas grand chose, un coup de tête (ou presque) pendant un week-end prolongé à New-York avec mon amie. On s’est fait faire exactement le même tattoo, elle et moi, au creux du poignet. Un petit vélo finement dessiné, tout simplement. Les liens forts de notre amitié et notre passion commune.

    • Il s’en passe des trucs dans ma tête. Tellement, que j’en ai fait des insomnies par le passé (bordel, cette fille est vraiment fuckée). Un de mes projet-casserole était de créer un blogue : job done, l’année commence bien ! À part ça, j’ai des idées qui naissent, qui meurent prématurément et d’autres qui persistent. À suivre…

    Voilà, à toi de te désaper bro.

    J’ai envie d’un latté avoine. Ciao !

    XXX