S’il y a bien une obsession qui m’a coûté cher – en argent, en énergie, en amour propre – c’est bien elle.
Revenons d’abord quelques années en arrière, dès ma pré-adolescence je l’ai détestée. Un stupide gamin m’avait alors demandé si mes taches de rousseur étaient des boutons. Rapidement, j’avais questionné les adultes sur les différentes manières de cacher mes taches, pour finalement n’en retenir qu’une seule : le fond de teint. J’ai donc commencé à porter un masque en me peinturant la face tôt, trop tôt.
Plus tard, à l’adolescence, est apparu de l’acné juvénile, jusqu’ici rien d’anormal vous me direz. Dans le même temps, j’ai commencé à prendre la pilule afin de réguler, entre autres, mes hormones et mes règles douloureuses. Malgré tout, elle restait capricieuse, grasse, avec des petits volcans crachant tantôt de la lave blanche, tantôt de la rouge, capables de se reproduire en un rien de temps pour donner naissance à d’autres mini-volcans.
Je me suis mise à chercher des miracles : taper des mots-clés sur Google, arrêter le saucisson, changer ma routine, hésiter entre le chimique ou le biologique, utiliser de l’acide hyaluronique, appliquer des masques en feuille, nettoyer avec une brosse en faisant des petits cercles dans le sens des aiguilles d’une montre, appliquer de l’argile verte-jaune-blanche, désespérer, demander conseil à une esthéticienne, remplir des questionnaires sur le web, faire des saunas facial, mettre de l’huile essentielle d’arbre à thé, protéger du soleil, enduire de crème de nuit en couches épaisses, racler pour laisser respirer…
Obsession.
À 25 ans, j’ai arrêté la pilule. Pour permettre à mon corps de s’auto-gérer. Bonjour l’acné hormonale, principalement sur les joues et jusque dans le cou. Après tout cet acharnement à chercher une solution, j’espérais que cela irait mieux. Mais je ne pensais pas que cela pouvait être pire.
Consulter un dermatologue, voir un autre dermatologue, appliquer du jus de citron comme Kendall Jenner, boire des infusions, examiner ma face de trop proche dans le miroir, péter les boutons, nettoyer le miroir, me coucher déprimée, regarder mon visage avec dégoût, ne pas me reconnaitre, hésiter à recommencer la pilule, coller un post-it sur le miroir « Pas touche !« , consommer moins de sucre blanc, avoir les pores dilatées, utiliser un tire-comédon, remarquer de nouvelles cicatrices, ne plus utiliser de produits huileux, culpabiliser, regarder des vidéos débiles de blogueuses YouTube, manger des compléments alimentaires, zoomer sur des anciennes photos avec nostalgie, se demander si ce n’était pas mieux avant, payer pour des séances de peelings chimiques et de la microdermabrasion…
Ouf.
Se plaindre. Chercher la compassion. Se faire entendre dire :
– « Mais non tu n’as pas d’acné, moi je ne vois rien. »
– « Regarde… elle, c’est pire. »
A quel moment, mon mal-être est-il jugé suffisamment acceptable pour que je puisse l’exprimer ? Qu’il ne soit pas rabroué, jugé ou minimisé par l’autre.
Quand on se compare, on se console. Celles des magazines et celles de la vraie vie.
Envier l’autre.
Et pendant ce temps, je dépensais sans compter, mon amour propre, mon énergie et mon argent… dans une lutte sans fin.
Puis, j’ai fini par comprendre.
Depuis le départ. La solution, elle est en moi.
Et si je mettais toute cette énergie à m’accepter et à m’aimer ?
Me tenir un peu plus loin du miroir. La laisser s’exprimer selon son humeur, selon les saisons. L’observer avec davantage de bienveillance. Apprendre à me foutre la paix. M’écouter. Me respecter.
Utiliser seulement quelques produits, pas parce qu’on me dit qu’ils vont être bons pour moi, simplement parce ce que je les aime, de par leur couleur, leur texture, leur odeur.
S’aimer.
Ce n’est certainement pas le chemin le plus facile à emprunter. Mais c’est sans doute le plus durable.
Signé : Ma peau

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